Un appartement classé F dans une ville moyenne du centre de la France : on le met en vente, et les premières visites débouchent systématiquement sur des offres bien en dessous du prix affiché. Les acheteurs sortent leur téléphone, calculent le coût d’une isolation par l’extérieur, et retranchent ce montant de leur proposition. Le diagnostic de performance énergétique n’est plus un document administratif qu’on glisse dans un dossier. C’est le premier filtre de négociation, parfois avant même la visite.
DPE opposable : ce que ça change pour le vendeur en cas d’erreur
Depuis que le DPE est devenu opposable, un diagnostic erroné expose concrètement le vendeur. Si l’acheteur découvre après la vente que l’étiquette réelle est moins bonne que celle annoncée, il peut engager une action en diminution du prix. Dans les cas les plus graves, la vente elle-même peut être remise en cause si un préjudice est démontré.
A lire aussi : Les différences entre un achat dans le neuf et l'ancien
On voit de plus en plus de dossiers contentieux sur ce sujet. Le diagnostiqueur engage aussi sa responsabilité professionnelle. Pour le vendeur, cela signifie qu’il ne suffit pas de faire réaliser le DPE : il faut s’assurer que le professionnel retenu est certifié et que le rapport reflète fidèlement l’état du logement.
Concrètement, avant de mettre un bien en vente, on recommande de vérifier la cohérence entre le DPE et les travaux réellement effectués. Une pompe à chaleur installée mais non déclarée au diagnostiqueur, un double vitrage posé sans facture : ces oublis peuvent fausser le classement dans un sens comme dans l’autre, et un DPE erroné peut désormais coûter plus cher qu’une rénovation.
A lire également : La location meublée attire de plus en plus de jeunes actifs

Décote des passoires thermiques : prix de vente et délai de commercialisation
Les biens affichant une étiquette E, F ou G se vendent sensiblement moins cher que ceux classés D. Une étude des Notaires de France publiée fin 2023 situe la décote entre 2 % et 19 % selon les cas. À l’inverse, les logements classés A ou B bénéficient d’une valorisation de 6 à 16 %.
L’écart ne se limite pas au prix. Les passoires thermiques restent plus longtemps sur le marché. Les données SeLoger indiquent un allongement moyen de cinq jours du délai de vente par rapport aux biens moins énergivores. Cinq jours, ça paraît peu. En pratique, un bien qui stagne génère de la suspicion chez les acquéreurs suivants, et les offres baissent encore.
Maison ou appartement : la décote n’est pas la même
On constate que les maisons subissent une décote plus marquée que les appartements à étiquette équivalente. La raison est technique : isoler une maison individuelle coûte plus cher qu’un lot en copropriété. L’acheteur intègre ce surcoût dans sa négociation.
Pour un appartement en copropriété, les travaux d’isolation relèvent souvent du vote en assemblée générale, ce qui rend la projection financière plus floue. Les retours varient sur ce point : certains acquéreurs considèrent que c’est un frein, d’autres y voient une mutualisation des coûts.
Zone tendue ou détendue : le marché local absorbe ou amplifie l’effet du DPE
L’impact du diagnostic énergétique sur la valeur d’un bien immobilier dépend fortement de la tension du marché local. Dans les grandes métropoles où la demande dépasse l’offre, un classement médiocre pèse moins lourd sur le prix final. La rareté du foncier compense partiellement la mauvaise étiquette.
Dans les marchés détendus (villes moyennes, zones rurales), la situation est inverse. L’acheteur a le choix, et un mauvais DPE devient un motif de rejet pur et simple, pas seulement de négociation. Le bien peut rester des mois sans offre sérieuse.
- En zone tendue, la décote liée à une étiquette F ou G existe mais reste contenue, parfois absorbée par la localisation
- En zone détendue, la décote peut atteindre les fourchettes hautes observées par les Notaires de France, et le délai de vente s’allonge nettement
- Dans les secteurs touristiques ou saisonniers, l’impact est intermédiaire : les acheteurs de résidences secondaires acceptent plus facilement un DPE moyen, mais négocient le montant des travaux à prévoir

Réforme du coefficient électrique en 2026 : des étiquettes qui changent sans travaux
Un changement réglementaire prévu au 1er janvier 2026 va modifier mécaniquement l’étiquette DPE de nombreux logements chauffés à l’électricité. L’arrêté du 26 août 2025 acte une révision du coefficient de conversion de l’énergie primaire. En clair, certains logements électriques vont gagner une ou deux classes sans aucun travaux de rénovation.
Pour un propriétaire qui envisage de vendre un bien chauffé à l’électricité et actuellement classé F, attendre cette échéance peut changer la donne. Un passage en classe E, par exemple, suffit à sortir de la catégorie « passoire thermique » et à éviter les interdictions de location qui s’appliquent progressivement.
Faut-il rénover ou attendre la réforme ?
La réponse dépend du calendrier de vente. Si la mise en marché est prévue avant 2026, il reste pertinent d’engager des travaux d’amélioration énergétique pour obtenir une meilleure classe. Si le bien peut attendre, un nouveau DPE réalisé après l’entrée en vigueur de la réforme pourrait suffire à améliorer le classement.
Attention : cette réforme concerne uniquement les logements chauffés à l’électricité. Les biens au gaz ou au fioul ne bénéficieront pas de ce reclassement. Pour ceux-là, seuls des travaux de rénovation énergétique permettent de remonter dans le classement.
- Isolation des combles et des murs : le poste qui fait le plus bouger l’étiquette sur une maison individuelle
- Remplacement du système de chauffage : passage d’une chaudière fioul à une pompe à chaleur, impact direct sur la classe énergie et sur la classe GES
- Ventilation performante : souvent négligée, elle conditionne pourtant la prise en compte de l’isolation dans le calcul DPE
Le diagnostic énergétique structure désormais le marché immobilier à chaque étape, de la fixation du prix à la signature chez le notaire. Un propriétaire qui connaît précisément sa classe DPE, les leviers de rénovation disponibles et le calendrier réglementaire garde la main sur la négociation. Ignorer ce document, c’est laisser l’acheteur fixer seul le montant de la décote.

